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Le sanatorium

Le Sanatorium San Francisco de Borja plus connu comme Sanatorium de Fontilles est un sanatorium pour des malades de la lèpre situé dans la municipalité de Vall de Laguar, dans la Marina Alta.

Grâce aux efforts et à l’engagement de l’avocat Joaquín Ballester, natif du village de Tormos, et du Père Carlos Ferris Vila, a été lancé l’idée de la construction du sanatorium. Le projet, qui allait encore prendre quelques années pour accueillir les personnes atteintes de cette maladie, a commencé en novembre 1902, lorsque le Patronato San Francisco de Borja a été établi dans la ville de Gandia. Les statuts du Sanatarium de Fontilles ont été approuvés par les autorités civiles et ecclésiastiques, les 19 et 20 du même mois et le 22 Avril 1903, a eu lieu dans le siège de l’Unión Católica Gandiense, la première réunion constitutive du Conseil Fontilles.

L’ouverture du sanatorium, près du château de Azabras “Azaharas” a été officiellement approuvé par l’arrêté royal du 7 Septembre 1908, qui a permis le début de ses fonctions à partir du 17 Janvier 1909. Mais il a fallu attendre 1917, lorsque le Sanatorium San Francisco de Borja a pu intégrer du personnel médical spécialisé. Dans la même année, a été engagé le dermatologue valencien Mauro Guillen Comín, qui est devenu le directeur. A également exercé le Dr Thomas Mut Mengual, médecin de Sanet qui tenait le poste de chef adjoint médical de Fontilles du 15 Février au 31 Octobre 1919.

Pour les habitants de la Marina Alta, le sanatorium est connu communément sous le nom de «Fontilles». Tout le monde dans la région sait que c’était un hôpital prestigieux contre la lèpre au cours du siècle dernier qui a guéri des milliers de personnes souffrant de la maladie de Hansen. Mais peut-être ce que l’on ignore, c’est qui aujourd’hui Fontilles est le seul centre existant en Europe qui abrite encore de malades souffrant de la lèpre.

Déclaré d’Utilité Publique en 1966, Fontilles appartient à la Fédération Internationale de Lutte contre la Lèpre (ILEP), formé par 15 associations de 13 pays.

Pendant plus de 100 ans le Sanatorium de Fontilles a été une référence fondamentale dans la guérison et l’élimination de la lèpre en Espagne. De plus il dispose d’un laboratoire spécialisé où des projets de recherche sont réalisés en collaboration avec des universités et des entités nationales et étrangères.



Fontilles abrite encore une cinquantaine de résidents, des anciens malades de la lèpre qui n’ont connu aucun autre foyer. Le site et ses bâtiments restent les mêmes, mais avec le petit nombre de patients atteints de la maladie de Hansen, le sanatorium a été transformé en un centre pour personnes âgées, des malades chroniques et des traitements ambulatoires.

Les patients sont traités par des volontaires, Hermanas Franciscanas de la Inmaculada et Padres Jesuitas, renforçant l’équipe de professionnels sanitaires composée de médecins et d’infirmières.

Fontilles fut depuis des décennies une communauté isolée du monde qui a accueilli des centaines de personnes qui ont été marginalisées et rejetées à cause de la stigmatisation et de l’ignorance.

Dans les années 50, il est parvenu à accueillir plus de 400 patients, dont beaucoup se sont mariés sur place, ont eu et élevé leurs enfants. Il y avait même un pavillon réservé aux couples mariés et aux familles. Tout au long de la longueur et la largeur de 73 hectares de forêts qui abritent ce grand complexe avec plus de trente bâtiments, il s’était formé un petit village avec commerces, cimetière, forge, menuiserie, une bande de musique, un cinéma, une équipe de foot … et même ils ont organisé des corridas. Un monde isolé de toute existence dans laquelle les patients atteints de la lèpre se sentaient totalement intégrés.

En raison de fuites des patients du sanatorium, en 1923, le Conseil du Gouvernement a approuvé la construction de l’immense mur de trois mètres de haut et près de 4 kilomètres de long qui aujourd’hui est visible par seulement quelques endroits, mais qui à cette époque était la forme la plus visible de la stigmatisation qui entoure la maladie.

La Maladie

La lèpre est une maladie chronique d’origine bactérienne, causée par le bacille Mycobacterium leprae, découverte en 1873 par le scientifique norvégien Hansen. Elle touche les nerfs périphériques, la peau et les muqueuses provoquant des infirmités sévères.

Le Mycobacterium leprae peut attaquer l’homme à tout âge et des deux sexes de manière égale et bien que la période d’incubation dure entre 3 et 5 ans, les symptômes peuvent être retardés jusqu’à 20 ans. Sa transmission se fait par des gouttelettes provenant du nez et de la bouche, mais la contagion se produit uniquement en contact direct avec les personnes affectées dans des conditions de promiscuité, une mauvaise alimentation et le manque d’hygiène.

La découverte, en 1982, d’une combinaison de médicaments efficaces pour lutter contre le mycobacterium leprae, le bacille de la lèpre, et l’amélioration des conditions de vie ont contribué à réduire considérablement les nouveaux cas dans le monde occidental. Aujourd’hui, en Espagne seulement 15 cas se produisent chaque année et les risques d’infection sont dérisoires. En outre, les malades qui fréquentent les centres de santé, détruisent avec des traitements adéquats, le 99,9% des bactéries.

Chaque année, 220.000 personnes contractent la maladie, principalement en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Sur les 600 cas de lèpre identifiés chaque jour dans le monde, 55 sont des enfants de moins de 14 ans. Fontilles, à travers sa fondation concentre ses efforts sur la coopération internationale pour prévenir et guérir la maladie, en collaborant avec des programmes pour lutter contre la lèpre à Cuba, en Haïti, au Honduras et en Équateur. En 2016 Fontilles a développé 17 projets de lutte contre la lèpre et autres maladies négligées dans 11 pays en Afrique, en Amérique latine et en Asie.

Documentaire et témoignages

Le programme de sciences occultes et de mystère “Cuarto Milenio” , dirigé Iker Jimenez, fait écho à l’existence de cette enclave inhabituelle dans la Vall de Laguar et a réalisé un documentaire, diffusé au mois de juillet 2016, qui raconte l’histoire du sanatorium et les expériences de certains anciens malades de la lèpre ayant séjourné au Sanatorium de San Francisco de Borja, aussi connu sous le nom de Fontilles.

Ce qui est le plus frappant sont les témoignages de certains anciens patients encore séjournant au sanatorium. Histoire déchirante d’une femme qui ne veut pas montrer son visage. Elle raconte que ayant 22 ans et avec une vie idyllique, car elle allait bientôt se marier, a souffert de la stigmatisation la plus odieuse de la lèpre dans sa ville natale où beaucoup de personnes ont voulu la jeter la rivière et la tuer. «Quand je suis arrivé à Fontilles je ne faisait rien d’autre que pleurer parce que je n’ avais jamais quitté le village” ajoute-elle.

Maria Josefa, qui est arrivée à Fontilles en 1995, est une autre des patientes qui ont vu leur vie tronquée lorsque les médecins lui ont diagnostiqué la maladie de Hansen. Elle était devenue, comme elle l’a raconté, la plus célèbre modiste de son village. Un jour, elle a commencé à gonfler des pieds, a consulté un médecin, beaucoup de personnes lui ont dit que la cause était qu’elle était “assise trop longtemps en faisant la couture”. Quand elle est arrivée à Fontilles sa carrièe de couturière pris fin tout en gardant ses souvenirs de sa table de couture.

Il y a aussi Mariano qui est venu à Fontilles en 1975 avec un seul objectif : guérir. Alors, il l’a promis à sa femme et à ses trois enfants, qui l’ont attendu à la maison.

Et Abilio, un jeune homme qui à cette époque, aussi en 1975, a été abandonné par sa famille devant les portes de Fontilles. “Ils m’ont laissé ici, ils sont partis et ne sont jamais revenus.” Plus tard, quand il a guéri de la maladie, il rentra chez lui, mais n’a pas été bien reçu. ” Ils ne m’ont pas jeté de la maison par honte mais ils n’étaient pas très heureux, parce que ma mère avait un bar et ne voulait pas que les voisins et les gens dans le bar, sachent que j’étais un lépreux.”

Abilio raconte aussi que à Fontilles tout le monde se sentait comme à la maison, parce que dans ce lieu idyllique pour eux il n’y avait pas de stigmatisation, tous étaient égaux. “Tout le monde s’entraidait, ainsi que les médecins, les assistants … et ici nous étions très bien parce que nous étions tous des malades et n’avions pas le rejet de la rue.”

Comme Abilio, Mariano et Maria Josefa, d’autre nombreux malades de la lèpre ont trouvés, depuis 1909, un foyer dans la vallée de la région Marina Alta.